CRUIS

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Cruis est une commune française, située dans le département des Alpes-de-Haute-Provence en région Provence-Alpes-Côte d’Azur.

Ses habitants sont appelés les Cruissiens. Cruis a reçu le label « villages et cités de caractère ».

Le nom de la localité apparaît pour la première fois dans les textes vers 1060-1064 sous la forme Crois castrum, puis sous la forme de Crossio vers 1200, Crocis en 1207 et Crueys au XVIe siècle.

Il existe deux hypothèses principales sur l’étymologie de ce toponyme, qui reposent toutes deux sur un étymon gaulois :

soit le nom s’est formé sur l’étymon gaulois *croudi-, suivi de la désinence latine -os au sens de « champ dur », autrement latinisé en *crodiu-ou plus précisément *crōdio-           « terrain dur ». C’est le même mot que le gaulois latinisé crōdius « dur, cruel, mauvais » à l’origine des mots romans, dont l’ancien français croi « mauvais, méchant » et le provençal croi « dur, cruel ». Le mot gaulois remonte au protoceltique *croudis, qui explique aussi l’irlandais crúaid « dur, rude, cruel ». On retrouve cet élément dans des composés toponymiques comme Cruéjouls (Aveyron, *Crōdio-ialon) ou le nom de personne Crodius ;

Xavier Delamarre adhère à l’explication précédente, mais propose également une étymologie par le gaulois *croucā > *crūca « tertre, monticule », mieux attesté en toponymie que le précédent, mais moins assuré dans ce cas. Cruis remonterait éventuellement à une forme *Crocium (de Crossio vers 1200). L’apparentement avec le vieil irlandais crúach, le breton cruc et, plus loin, avec le germanique (vieux norrois hraukr, anglo-saxon hrēac) suppose aussi le sens de « tas, amas. »

Cruis – vestiges du cloître.

La présence d’une abbaye entraîne la création d’un village dès les alentours de l’An Mil, décrit comme fortifié dès 1060. Les maisons s’organisent autour des bâtiments du couvent. La communauté villageoise n’avait pas de seigneur laïc : l’abbaye était seigneur ecclésiastique du lieu et gérait la communauté. La congrégation des chanoines réguliers de Cruis est fondée au XIe siècle, l’abbaye Saint-Martin en étant le centre. Prospère, elle compte à son apogée 14 églises sous sa dépendance dans le diocèse de Sisteron. Mais la crise de la fin du Moyen Âge (Grande Peste et guerre de Cent Ans) provoquent son effondrement, effectif en 1456. Le long conflit qu’elle eut avec les évêques de Sisteron à propos du privilège d’exemption, est clos par le rattachement de l’abbaye à la mense de l’évêque de Sisteron (en 1456). L’évêque y installe sa deuxième résidence.

Administrativement, la communauté de Cruis relevait de la viguerie de Forcalquier et l’abbaye Saint-Victor de Marseille possède des biens à Cruis .

Le coup d’État du 2 décembre 1851 commis par Louis-Napoléon Bonaparte contre la Deuxième République provoque un soulèvement armé dans les Basses-Alpes, en défense de la Constitution. Après l’échec de l’insurrection, une sévère répression poursuit ceux qui se sont levés pour défendre la République : 17 habitants de Cruis sont traduits devant la commission mixte, la majorité étant condamnés à la déportation en Algérie.

Il reste des vestiges du moulin à roue à eau des moines chalaisiens. Il se trouve un pigeonnier dont la particularité est un pignon incurvé.

La pierre de Cruis a été mise au jour à la limite de la commune de Montlaux, sur une éminence où se trouvent également quelques tombes médiévales. C’est un bloc de grès qui mesure 90 cm sur 90, elle est ornée d’un demi-cercle au centre, et de quatre figures animales dans les angles (un aigle et un lion à visage humain en haut, un basilic et un agneau (disparu) en bas). D’après l’inscription (Horologio) et le trou central qui a pu accueillir un style, la Pierre est souvent interprétée comme un cadran solaire. Si cela se révélait exact, ce serait un des très rares cadrans solaires médiévaux (ceux des cathédrales de Strasbourg et de Chartres datant du XVIe siècle). Cette utilisation n’est pas certaine : l’ornement semi-circulaire, plutôt que de servir à indiquer l’heure, a pu simplement servir de symbole du temps qui passe. Elle peut dater du XIe ou du XIIe siècle.

L’église paroissiale Notre-Dame-et-Saint-Martin Cette église paroissiale romane Saint Martin, est l’ancienne église d’une abbaye de moines augustins. Elle conserve quelques arcades du cloître, datant de la fin du XIIIème siècle.  Construite en forme de croix, elle fut longtemps prospère. Sa richesse exceptionnelle est sans doute liée à des conditions historiques uniques d’un diocèse qui possédait deux cathédrales : l’une à Sisteron et l’autre à Forcalquier et des évêques qui résidaient à Lurs… Cruis a probablement profité de cette rivalité qui dura trois siècles.

La nef est restée romane (peut-être du XIVe siècle), le bœuf de saint Luc est réutilisé dans la façade. Le chœur est du XVe siècle. Les chapiteaux de la façade sont à un tournant dans l’évolution des formes décoratives, au début du XVIe siècle, les crochets de la période précédente devenant des feuillages. L’église et les arcades du cloître (construit au XIVe siècle) sont inscrites à l’inventaire des monuments historiques.

Dans son mobilier, plusieurs pièces sont classées :

  • le très grand autel avec son immense retable du XVIIe siècle, en bois couvert de dorures, avec un antependium (devant d’autel) en cuir de Cordoue peint et repoussé, du XVIIe siècle (classé au titre objet) est signalé comme un ensemble « de toute beauté ». Il fait 6,2 m de large sur 7 m de haut : outre la partie centrale et les deux parties latérales, il comporte aussi deux ailerons et est recouvert de 4000 feuilles d’or ;
  • le tableau du Baptême du Christ, est une œuvre de Monticelli qui a peint aussi une toile représentant l’intérieur de l’église avec le retable;
  • la crèche remonte au milieu du XIXe siècle : les treize santons de 60 cm de haut sont classés ; https://paroissemontagnedelure.fr/2025-creche-de-cruis/
  • une fontaine de sacristie, en faïence de Mane, du XVIIIe siècle.
  • une sculpture : un bœuf ailé du XIIe siècle
  • un chapiteau du XIIe siècle
  • un bas-relief : les obsèques d’un moine du XIVe siècle

Parmi les autres œuvres:

  • une Descente de Croix, attribuée à Nicolas Mignard par L. Aubanel, restaurée par Martin Cadenet en 1845 et par Jean Bouchet peintre restaurateur des Musées de France et des Monuments Historiques;
  • un tableau représentant Marie-Madeleine : l’original est exposé dans la chapelle de gauche, et la copie est sur le retable. L’original est peint sur les deux faces. Ce tableau est découvert à l’occasion du remplacement des vitraux du chœur. Le dos du tableau représente un évêque regardant un soleil au pied d’un autel. L’œuvre au dos, appelée L’Évêque au soleil noir, date comme la Marie-Madeleine de la fin du XVIIIe siècle. Le personnage représenté sur le tableau est identifié comme étant saint Denys l’Aréopagite par Régis Bertrand de l’université de Provence. C’est en tout cas l’unique toile représentant cette scène, qui figure sur deux vitraux, l’un à Bourges l’autre à Chartres et des fresques à Aurons dans les Alpes-Maritimes ;
  • une huile sur toile : Retour de la Saint Famille de Jérusalem par L. Albanel (1861)

À l’est du village, se trouve la chapelle Croix-de-Lumière, construite en 1682.

: https://paroissemontagnedelure.fr/samedi-14-septembre-2024-fete-de-la-croix-glorieuse-a-cruis/